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La marche : une expérience révélatrice de qui nous sommes...

Photo du rédacteur: Céline Rousseau
Céline Rousseau
il y a 6 jours
6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 9 heures

Et si une semaine de marche pouvait vous en apprendre davantage sur vos futurs associés plus qu'un CV ?

C'est la réflexion que j'ai lancé à un chef d'entreprise me parlant de sa difficulté à recruter des personnes qui sont dans la même dynamique que lui. Pourquoi je me permets de lui lancer cette idée là ?

Parce que c’est le constat que j'ai fait en 2022 : La marche est une expérience révélatrice de qui nous sommes seul.e.s et parmi les autres.

À l’époque, j’avais un projet qui me tenait à cœur : créer une société de coaching-thérapie avec deux personnes que je connaissais déjà. Camille*, que je connaissais depuis quelques années, Alexandre* depuis quelques mois.

Nous avions chacun notre « casquette » professionnelle, nos expériences, nos compétences… différentes et complémentaires. Sur le papier, tout semblait donc plutôt bien s’aligner.

Mais avant de nous engager professionnellement, j’ai eu une idée !


Ayant déjà expérimenté les bienfaits de la marche consciente, je leur ai proposé de partir ensemble pendant une semaine sur le chemin de Compostelle, sur une portion que je découvrirai avec eux en passant par la vallée du Célé.

Une semaine pour marcher, discuter, partager nos visions professionnelles… Et surtout, apprendre à mieux nous connaître.

Parce qu’après tout, quoi de mieux qu’une randonnée pour découvrir quelqu’un ?

Un entretien d’embauche, c’est bien. Sept jours avec un sac sur le dos, sous le soleil, encore mieux !

Nous voilà donc partis tous les trois : Camille, Alexandre et moi. J'avais en amont préparé l'itinéraire et réservé les hébergements. 


Comme de bons randonneurs, chacun devait porter son propre sac pendant toute la semaine.

La règle était donc simple : partir léger. Il existe d’ailleurs un joli symbole selon lequel le sac du randonneur serait une sorte de reflet du poids qu’il porte intérieurement.

Et, avec le recul… je dois reconnaître que le chemin avait déjà commencé à nous parler.

Camille traversait à cette période une météo intérieure plutôt… ombrageuse. Des difficultés personnelles l’alourdissaient. Alexandre, lui, avait prévu une trousse médicale impressionnante.

Et son ordinateur portable, qu’il ne quittait jamais.

Moi ? Je partais avec l’esprit léger et un sac qui pesait trois kilos de moins que lors de ma première randonnée de 10 jours.


Le premier jour fut enthousiasmant.

Nous marchions, nous échangions, nous parlions de nos projets.

Jusqu’à ce qu’Alexandre découvre deux grosses ampoules. Une sur chaque talon.

Il sort alors l’artillerie lourde: pansements, soins, une vraie stratégie militaire !


Deuxième jour.

Alexandre avait malencontreusement retiré ses pansements anti-ampoules.

Résultat : peau à vif.

Le chemin venait de lui rappeler une règle fondamentale de la randonnée :

Quand vos pieds vous disent stop, ce n’est généralement pas le moment de négocier.


Troisième jour.

J’ouvre la marche et indique le chemin. Camille et Alexandre suivent.

Il faut dire qu’en ce mois d’août, la chaleur était particulièrement présente.

Et les pieds d’Alexandre, eux, particulièrement chaud bouillant avec la peau à vif cominé à la chaleur et à l'effort.

Nous décidons donc de modifier notre itinéraire et de faire une partie du parcours en canoë.

Au frais, tranquillement installés sur l’eau avec pour objectif : rejoindre notre petit gîte d’étape le long du Célé. Une bonne nuit de repos et tout devrait rentrer dans l’ordre.

Sauf que…

Le lendemain matin, les pieds d’Alexandre avaient décidé de s'arrêter là.

L’infection était suffisamment importante pour qu’il décide de se rendre à l’hôpital le plus proche.

Deux heures de transport pour rejoindre la civilisation à Cahors.

Camille et moi avons donc poursuivi notre route toutes les deux. Direction Cahors.


Pendant les trois autres jours qui ont suivi, je me suis beaucoup moins préoccupée de notre futur projet professionnel. Je soutenais surtout Camille, qui traversait une période personnelle difficile.

Nos discussions portaient davantage sur sa vie, les difficultés, les doutes… Je faisais mon job de thérapeute "en marche".


Et finalement, je me suis dit que c’était peut-être ça, le véritable objectif de cette marche : voir les personnes telles qu’elles sont.

Pas telles qu’elles se présentent dans une réunion.

Pas telles qu’elles apparaissent au travers les compétences énoncées sur un CV.

Pas telles qu’elles se décrivent autour d’un café.

Mais telles qu’elles sont quand elles sont fatiguées, qu’elles ont mal, qu’elles doutent, qu’elles doivent s’adapter ou qu’elles rencontrent une difficulté.


Nous retrouvons Alexandre à Cahors en béquille avec deux gros pansements entourant ses pieds

Il avait loué une chambre pour nous attendre et en avait profité pour travailler sur son ordinateur.

Pas sur notre futur projet commun, sur l’entreprise dans laquelle il était encore salarié… Alors qu’il était en congés. Sur le moment, je n’y ai pas vraiment prêté attention.

Mais avec le recul ? Le chemin avait peut-être déjà répondu à ma question. Alors qu'il m'assurait qu'il avait convenu de réduire son temps pour cette société, je me demandais comment il allait gérer la transition malgré son assurance.


Quelques semaines plus tard, nous avons finalement créé notre S.A.S.

Avec un léger retard, notamment parce que Camille et Alexandre ne pouvaient pas investir leurs fonds personnels dans le projet au moment prévu.

De mon côté, j’avais les ressources et la disponibilité nécessaires.

Nous nous sommes tout de même lancés avec un mois de retard sur le plan initial.

Et pendant les premières semaines, tout semblait fonctionner. La lune de miel entrepreneuriale !

Vous savez…Cette période où tout le monde est motivé, où les idées fusent et où l’on est persuadé qu’on va révolutionner le monde avant la fin de l’année.


Puis la réalité est arrivée. Quatre mois plus tard…

Alexandre nous annonce finalement qu’il ne s’engagera pas à temps plein dans la société.

Et qu'il quitte le navire.

Camille et moi décidons de continuer et de voir comment rendre le projet viable à deux.

Mais là encore, la disponibilité de Camille devient un sujet. Elle avait beaucoup de mal à se mobiliser pleinement dans ses missions professionnelles, toujours rattrapée par ses difficultés personnelles, ses besoins de déconnexion avec ses week-ends prolongés.

Et puis il y avait le télétravail qui, parfois, ressemblait davantage à du « télé » qu’à du « travail ».


Pendant ce temps, mon activité au sein de la société se développait mois après mois.

Et neuf mois après sa création — le temps d’une grossesse — il a bien fallu regarder la réalité en face. Avec l’aide de notre expert-comptable, le constat était sans appel :

La société ne pouvait pas reposer sur une seule activité. La procédure de liquidation a donc été engagée. J'ai vécu cela sur le moment comme un échec après tout l'investissement que cela avait demandé. Lot de consolation, mon activité étant, elle, pérenne, j’ai poursuivi seule sous un autre statut.

La fin de l’aventure n’a évidemment pas ressemblé au début.

L’enthousiasme des premiers jours avait laissé place à quelque chose qui ressemblait davantage à…

un divorce houleux. Avec quelques discussions passionnées autour de l’argent, du conflit d'intérêt et j'en passe.


Mais revenons au chemin !

Ce n’est que plusieurs mois plus tard que j’ai compris ce que cette marche m’avait réellement montré que tout était déjà là.


  1. Le poids que l’on porte dans nos sacs, dans nos pieds ne nous permet pas d'avancer à la même vitesse, avec un bagage différent, qui nous rend plus ou moins disponible.

  2. Chacun avance à son rythme, avec sa manière de gérer les difficultés, de s'adapter, de s'engager.


Il y avait finalement un tel écart entre ce que nous pensions pouvoir donner au projet… et ce que nous étions réellement capables de lui donner.

La marche n’avait rien créé. Elle avait simplement révélé, et c’est peut-être là que réside toute sa puissance.

Comme je l’évoquais dans mon précédent article, « La marche : un outil de transformation », marcher permet de sortir du cadre habituel, de ralentir, de se confronter à soi-même et aux autres.

Et parfois, de voir ce qu’on ne voit pas autour d’une table de réunion.

Alors, un conseil pour vos équipes, vos managers ou vos futurs associés : partez marcher ensemble !

Pas forcément sur Compostelle. 😄 Mais suffisamment longtemps pour sortir du cadre.

Parce qu’une équipe, en dehors des compétences sur un CV, c’est aussi une capacité à avancer ensemble quand les pieds font mal, le sac devient lourd, la chaleur monte, le chemin change, la fatigue s’installe…


Ce même constat vaut pour toute relation amicale, amoureuse, fraternelle...

Conclusion : Le chemin ne nous transforme pas toujours, parfois, il nous révèle simplement, encore faut il l'écouter à temps !

*les prénoms ont été bien évidemment modifiés pour la confidentialité.

La marche en équipe, une expérience révélatrice.
La marche est une expérience révélatrice de qui nous sommes.

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