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Quand la tristesse n'a pas d'explication: l'hypothèse des empreintes gémellaires et de ses effets psychologiques .

  • Photo du rédacteur: Céline Rousseau
    Céline Rousseau
  • 20 juin
  • 4 min de lecture

« Je me sens triste et je ne sais pas pourquoi… ».

Quand la tristesse n'a pas d'explication, l'hypothèse des empreintes gémellaires et de ses effets psychologiques sur l'individu doit être prise en compte. Parfois, nous portons une tristesse qui semble ne reposer sur rien et qui, pourtant, est bien présente. Alors même que rien, dans notre quotidien, ne semble pouvoir l'expliquer, elle s'impose comme une présence discrète mais persistante.

Au fil de mes accompagnements thérapeutiques, certaines histoires semblent faire émerger une même question : et si certaines expériences très précoces de notre vie, parfois même avant notre naissance, pouvaient laisser une trace dans notre manière d'être au monde ?


C'était le cas de cette femme que j'appellerai Sarah. Lors de notre première rencontre, elle m'évoque cette tristesse pesante et ce sentiment de vide qu'elle ressent depuis très longtemps. Sarah entretient de bonnes relations avec ses parents et son frère. Pourtant, au fond d'elle, demeure une tristesse sourde, comme une présence fantôme qui l'accompagne depuis toujours.

En explorant son histoire, Sarah me confie qu'elle a, depuis son enfance, le sentiment d'être à la recherche d'une personne « comme elle ». Elle présente un attachement anxieux et plusieurs de ses relations amoureuses ou amicales se sont soldées par des déceptions. Bien qu'entourée, elle éprouve une profonde solitude, accompagnée d'une tristesse diffuse, comme s'il lui manquait quelqu'un alors qu'elle a tout pour être heureuse. Sarah aime partager. Elle a tendance à acheter en double « au cas où », à préparer pour deux, à manger pour deux. Les séparations, même temporaires, avec ses proches sont particulièrement difficiles à vivre.


Qu'est-ce qui pourrait être à l'origine de ce que ressent Sarah ?

En remontant vers le début de son histoire, nous nous sommes intéressées à la période de sa conception et à l'hypothèse d'une mémoire gémellaire.

Le phénomène du « jumeau évanescent » (vanishing twin syndrome) désigne une situation dans laquelle une grossesse débute avec deux embryons, mais où l'un d'entre eux cesse très précocement son développement et est progressivement réabsorbé par l'organisme.

Ce phénomène est relativement fréquent. Il est davantage identifié aujourd'hui grâce aux échographies précoces, ce qui n'était pas le cas il y a encore quelques décennies.


À quelle fréquence cela se produit-il ?

Les études estiment qu'environ 20 à 30 % des grossesses gémellaires diagnostiquées précocement évoluent finalement vers une grossesse unique. Dans la majorité des cas, la cause exacte de cette disparition embryonnaire n'est pas connue. Ce phénomène n'est généralement pas lié à une activité ou à un comportement particulier de la mère. Certaines femmes ne ressentent aucun symptôme. D'autres peuvent présenter de légers saignements vaginaux, des crampes abdominales modérées ou encore une diminution des symptômes de grossesse, sans que cela soit systématique. Dans de nombreux cas, la grossesse se poursuit normalement sans signe particulier.


Des traces émotionnelles sont-elles possibles ?

Certains chercheurs en psychologie périnatale, ainsi que des auteurs spécialisés dans la psychothérapie pré- et périnatale, ont émis l'hypothèse que des expériences extrêmement précoces pourraient laisser des traces affectives ou relationnelles, même s'il n'existe pas de consensus dans la communauté scientifique conventionnelle. Pour autant, mon expérience clinique en cabinet m'amène à constater que certaines personnes évoquent, au travers de leurs habitudes, de leurs mots ou de leurs ressentis, la sensation d'une absence, comme s'il manquait « quelqu'un ».

Ce que je retrouve parfois en cabinet :

Chez certaines personnes, des thèmes récurrents apparaissent : le sentiment d'être incomplet ou de rechercher quelqu'un ; une difficulté à vivre les séparations ; une tendance à se faire discrèt(e)s ou à ne pas prendre pleinement leur place ; un fort sentiment de culpabilité ou de responsabilité envers les autres ; le besoin de maintenir les liens coûte que coûte ; une impression de solitude persistante malgré la présence des autres ; des habitudes de « faire pour deux » ou de penser spontanément en termes de partage.

Lorsque l'histoire familiale est explorée, certains éléments reviennent fréquemment dans les récits : la présence de jumeaux dans l'une des lignées parentales ; un épisode de saignement chez la mère au début de la grossesse, parfois accompagné de caillots sanguins importants ; le recours à une assistance médicale à la procréation.


Ces éléments ne constituent ni des symptômes spécifiques ni une preuve de l'existence d'une empreinte gémellaire systématique. Ils représentent simplement des observations qui invitent à explorer l'histoire personnelle et familiale avec curiosité et prudence.


En conclusion :

Les effets psychologiques des empreintes gémellaires relèvent davantage d'observations cliniques que d'un consensus scientifique à l'heure actuelle. Ces observations cliniques ouvrent cependant des pistes de réflexion sur la manière dont certaines expériences précoces, connues ou inconnues, peuvent venir s'inscrire dans notre histoire et influencer notre manière d'être en relation avec nous-mêmes et avec les autres. Peut-être que certaines expériences très précoces laissent-elles une trace dans notre histoire ? Peut-être ces ressentis trouvent-ils d'autres origines ?

L’essentiel n'est sans doute pas tant d'apporter une réponse définitive que d'offrir un espace où ces vécus puissent être entendus et régulés pour apporter davantage de confort de vie à l’individu accompagné. 


Références

  • Setti P. E. et collaborateurs (2006), The Vanishing Twin: A Review, Human Reproduction Update.

  • Landy H. J. et Keith L. G. (1998), The Vanishing Twin: A Review, Human Reproduction Update.

  • Elizabeth M. Bryan, The Nature and Nurture of Twins.

  • Les recommandations de l'American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) et de la Society for Maternal-Fetal Medicine (SMFM) reconnaissent le jumeau évanescent comme une situation relativement fréquente en début de grossesse et indiquent que, lorsqu'il survient au premier trimestre, le pronostic pour le fœtus restant est généralement favorable.


Les empreintes gémellaires : une hypothèse issue de la psychologie périnatale pour comprendre certains sentiments de manque ou de solitude.
Les empreintes gémellaires : une hypothèse issue de la psychologie périnatale pour comprendre certains sentiments de manque ou de solitude.

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