Être thérapeute ne signifie pas avoir tout réglé vis à vis de soi.
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Jeudi dernier, j’ai passé l’après-midi avec une amie, elle-même thérapeute.
Nous parlions de nos vies, de ce que nous traversions en ce moment, de nos questionnements, de nos fragilités aussi.
Et puis, au détour de la conversation, nous sommes arrivées sur cette vérité : être thérapeute ne signifie pas avoir tout réglé vis à vis de soi.
Nous avons ri, un peu jaune parfois, en constatant à quel point cet été 2026 avait été, pour chacune d’entre nous, un révélateur de dossiers que nous pensions pourtant réglés. Mais non... Il y a des sujets que nous pensions avoir dépassés. Le manque d'affirmation de soi, la culpabilité qui nous retient encore dans certaines situations, la peur de blesser sont revenus frapper à la porte.
Et c’est là que nous avons parlé de cette drôle de croyance que nous pouvons parfois porter, nous les thérapeutes : celle de ne plus être tout à fait légitimes dans notre pratique lorsque, de notre côté, nous traversons une période personnellement difficile.
Comme si accompagner les autres supposait avoir soi-même tout réglé. Car oui, ce n'est pas parcque nous sommes davantage clairvoyants sur les enjeux inconscients qui nourrissent les dynamiques relationnelles que nous avons intégré. Nous ne sommes pas épargnés et nous continuons d'être bousculés par la vie.
La réalité est que nous sommes thérapeutes et nous sommes aussi humain.es… avec certes, parfois, mais pas pour tous, une prise de hauteur suffisante pour traverser nos propres ombres.
Être thérapeute ne me rend donc pas imperméable à la vie, c'est tout le contraire.
Je reste personnellement persuadée qu’un travail sur soi est une nécessité essentielle lorsque l’on accompagne l’autre.
J'ai eu besoin de connaître mon histoire, d’observer mes mécanismes, de travailler mes blessures, d’identifier ce qui m'appartient pour pouvoir être réellement présente à l'autre dans la relation d’aide.
J'ai appris à accompagner au travers d'outils thérapeutiques. Avant cela, j'ai effectué un travail psychothérapeutique de deux ans, puis j'ai acquis une posture thérapeutique (essentielle) qui me permet d’être présente pour l’autre sans que ma propre histoire ne vienne prendre toute la place.
Je peux être touchée. Douter de moi. Me tromper. Me sentir fragile à accompagner certains sujets (et dans ce cas, je réoriente la personne). Et parfois même, découvrir au cours d’une séance, avec un petit pincement au cœur, qu’un sujet que nous pensions avoir largement dépassé revient nous questionner. Cela m’est arrivé encore dernièrement.
Et finalement, je crois que c’est aussi cela, être thérapeute. Ne pas avoir tout réglé, mais avoir suffisamment travaillé sur soi pour pouvoir reconnaître ce qui se joue, prendre du recul, continuer à avancer… et savoir quand quelque chose mérite d’être regardé à nouveau.
En discutant avec mon amie, je lui partageais également quelque chose qui me semble important dans mon propre cheminement : Même lorsque j’ai compris, la vie peut encore me demander d’intégrer.
Parce qu’il existe une différence entre savoir quelque chose intellectuellement et l’avoir véritablement intégré dans sa manière d’être.
On peut avoir fait un travail important. Fait des liens et continuer à réagir, parfois, comme si notre corps et nos émotions n’avaient pas encore reçu le message.
La compréhension est une étape. L’intégration en est une autre. Et de ce fait comprendre ce n’est pas toujours intégrer.
C’est lorsque ce que nous avons compris commence progressivement à se traduire dans nos choix, dans nos réactions, dans nos limites, dans notre manière d’entrer en relation avec les autres… que quelque chose change réellement.
C'est exactement ce vers quoi mon accompagnement consiste : vous ne vous contentez plus de savoir. Vous commencez à vivre autrement.
Et c’est souvent là que nos anciens schémas peuvent commencer à perdre leur pouvoir.
Notre compréhension évolue avec nous, puis nous intégrons peu à peu une nouvelle posture intérieure.
Parfois rapidement. Parfois beaucoup plus lentement que nous ne l’aurions souhaité.
Et j’ai appris, avec le temps, à accepter cela.
Peut-être avez-vous cru que le fait d’être à nouveau bousculé signifiait que tout votre travail était à refaire ?
C’est parfois la réflexion avec laquelle certaines personnes que j’ai accompagné revienne me voir. Je ne le crois pas. On ne régresse pas. Ce qui revient n’est pas un retour en arrière.
C’est simplement une nouvelle occasion d’aller un peu plus loin dans l’intégration de ce que nous avons déjà compris.
J’aime souvent donner l’image des niveaux de classe : en CP vous apprenez les premières additions simples à deux chiffres et en CE1 on complexifie. On apprend les additions à trois chiffres.
Pour moi, ces deux mouvements — comprendre puis intégrer — constituent un passage du savoir savant au savoir Être.
Un processus qui nous amène, doucement, parfois avec quelques détours, toujours un peu plus près de nous-mêmes.
Parce qu’au fond, peut-être que grandir ne consiste pas à ne plus être bousculé par la vie… mais à apprendre à y répondre autrement.





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