Enfance et comportement adulte : ce que les enfants m'ont appris.
Dernière mise à jour : il y a 7 jours
La rentrée a toujours eu quelque chose de particulier pour moi. Chaque année elle marque un recommencement.
Quand j’étais professeure des écoles ce recommencement prenait la forme d’une nouvelle classe, de nouveaux visages, parfois de nouveaux collègues … avec aussi de l'appréhension, de l'excitation, des attentes, de bonnes résolutions !
Pendant 20 ans, j’y ai rencontré des enfants très différents, des personnalités singulières, des enfants confiants et d'autres beaucoup plus fragiles, des enfants qui s'exprimaient facilement et d'autres qui parlaient davantage avec leurs comportements qu'avec leurs mots.
Et, au fil des années, une réflexion s’est imposée à moi : Les enfants nous apprennent énormément sur les adultes en devenir et sur les adultes que nous sommes déjà.
Aujourd'hui, mon regard de thérapeute me permet de faire le lien entre enfance et comportement adulte.
Je vous livre ici ce que les enfants m'ont appris sur les adultes.
Derrière un comportement, il y a souvent quelque chose à comprendre.
Un enfant qui refuse, qui s'oppose, qui se met en colère ou qui semble « difficile » n'est pas nécessairement un enfant qui cherche à nous compliquer la vie.
Son comportement raconte quelque chose comme une émotion trop grande avec une difficulté à mettre des mots sur ce qu'il ressent, une peur, un besoin qui n'est pas entendu ou quelque chose qu’il ne peut pas dire.
Bien sûr, cela ne signifie pas que tout comportement doit être accepté ou excusé.
Mais comprendre ce qui se joue derrière un comportement permet souvent de répondre autrement.
Et finalement, cela m’apparaît également vrai chez l'adulte. Grâce à mon expérience de thérapeute je peux dire que nous avons simplement appris à mieux cacher certaines choses, à nous adapter pour avancer parfois même pour survivre.
L’adulte qui s'énerve très vite et qui peut cacher derrière son côté dit « colérique » de la tristesse non exprimée. Celui qui contrôle tout, qui analyse tout, jusqu’à parfois développer une hyper vigilance. Celle qui a besoin d'être rassurée car elle a manqué de repères sécures. Celui qui dit toujours oui alors qu'il pense non.Celle qui veut tout faire parfaitement.
Derrière ces comportements, il y a parfois une histoire, une peur avec une croyance ou un besoin.
J'ai souvent observé des enfants qui vivaient très difficilement l'erreur. J’ai d’ailleurs moi-même été cette enfant.
Une mauvaise réponse pouvait devenir une catastrophe. Une remarque pouvait être vécue comme une remise en question de ma valeur.
Je préférais ne pas essayer plutôt que risquer d'échouer ou travailler beaucoup par peur d’échouer.
Adulte, cela peut prendre d'autres formes.
L'adulte qui devient perfectionniste. Celui qui n'ose pas se lancer. Celle qui a besoin que tout soit parfaitement préparé avant d'agir. Celui qui vit la moindre erreur comme la preuve qu'il « n'est pas à la hauteur ». Celle qui laisse peu de place à la spontanéité ou à l’imprévu dans sa vie.
Le comportement a changé mais la peur derrière est restée la même : ne pas être aimé.e, ne pas se sentir capable, suffisant.e.
🤍 Apprendre à faire plaisir peut nous faire oublier ce qui est bon pour soi-même .
Certains enfants apprennent très tôt à être sages, gentils, arrangeants. Ce sont souvent des enfants que l'on décrit comme « faciles ». Ils comprennent rapidement ce qui fait plaisir aux adultes autour d'eux. Ils évitent les conflits. Ils s'adaptent.
Ils deviennent parfois experts pour sentir l'humeur des autres.
Et pourtant…
En grandissant, certains deviennent des adultes qui ont beaucoup de mal à dire non, à faire un choix. Ils ont besoin de la validation des autres pour se sentir reconnu.
Des adultes qui pensent d'abord aux besoins des autres et qui culpabilisent lorsqu'ils osent penser à eux un « peu trop ».
Ils se demandent : « Qu'est-ce qu'on attend de moi ? », avant même de se demander : « Qu'est-ce que moi, j'ai envie pour moi ? »
Les enfants m'ont aussi appris que nous avons tous besoin d'être considérés pour ce qu'ils sont déjà.
Pas seulement surveillés. Pas seulement félicités. Considérés.... Avec attention. Avec amour. Sans jugement. Sans attente trop limitante. Ils ont besoin d'être vus dans leurs potentiels, leur singularité, et encouragés.
Je crois que ce besoin ne disparaît jamais complètement chez l’adulte.
L'adulte que nous sommes devenu a encore besoin d'être entendu, compris, reconnu par ses pairs.
Et parfois, lorsque nous cherchons constamment l'approbation des autres, lorsque nous avons peur du rejet ou lorsque nous nous sentons « jamais assez », il y a peut-être quelque chose de cette histoire qui demande encore à être regardé.
🤍 En réalité, nous devenons des adultes, mais nous ne cessons pas d'être des enfants.
Nous grandissons. Nous apprenons à nous adapter, à vivre ensemble au travers de règles sociétales plus ou moins enfermantes.
Nous développons un savoir faire, un savoir-être, des ressources pour compenser ce qui a pu manquer.
Nous construisons notre vie. Nous perpétuons ce que nous avons appris de notre modèle éducatif familial.
Nous devenons parents, professionnels, conjoints, amis, responsables…
Mais nous continuons à être traversés par nos émotions, nos peurs, nos besoins et nos blessures d’enfants.
L'enfant que nous avons été ne disparaît jamais complètement.
Il continue d'influencer notre manière d'aimer, d'entrer en relation, de travailler, de nous défendre, de nous faire confiance ou de nous juger. Cela ne veut pas dire que nous sommes condamnés à reproduire ce que nous avons vécu. Au contraire.
Reprendre contact avec notre « enfant intérieur » permet parfois de commencer à choisir autrement, mieux pour soi.
Au fil de mon parcours, j'ai élargi mon regard sur les individus.
Du regard de l’enseignante, à celle de la mère de deux enfants puis de la thérapeute, aujourd'hui, je ne regarde plus seulement les comportements. Je m'intéresse davantage à ce qu'ils racontent de nous.
Et si vous repensiez à l'enfant que vous étiez… Qu'est-ce que cet.te enfant vous a appris sur l'adulte que vous êtes aujourd'hui ?





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